De Montauban à Mende par la vallée du Lot

De Montauban à Mende par la vallée du Lot

J0 – Carry le Rouet-Montauban

Les jours de départ sont toujours électriques. Avons-nous pensé à tout ? La recharge de la batterie. Une deuxième paire de chaussures. Le train est-il à l’heure ? Le ? Plutôt les trains. Un TER vers Marseille puis un second vers Montauban. Mon homme me propose de pédaler jusqu’à la gare Sausset-les-Pins à la gare située avant Carry-le-Rouet.


J’acquiesce enthousiaste car au moins nous serons dispensés de l’épreuve de hissage de 2 vélos horriblement lourds et de nos 4 sacoches sur au moins 40 voire 50 centimètres de hauteur, à savoir celle entre le quai et l’entrée du TER. Le tout en une minute d’arrêt (vous rajoutez l’accent du Sud et ça passe crème). Carry EST la perle de la Côte Bleue et dispose d’une gare bucolique. Les cigales y chantent dès le mois de juin. Mais côté accessibilités des vélos, la perle se métamorphose en un vilain caillou/crapaud/cauchemar (au choix).

Revenons à nos destriers Cubiton et Moustache heureux d’avoir humé les effluves de jasmin jusqu’à Sausset. Le premier trajet sur l’une des plus belles lignes de France s’effectue en douceur. La mer, les calanques, les îles du Frioul en panorama.
À la gare St-Charles, nous retrouvons nos amis avec lesquels nous étions partis plusieurs fois (sur la Côte d’Azur, la Véloscénie jusqu’au Mont St-Michel et le long de la Loire entre Sancerre et Amboise). Que de kilomètres avalés en commun et surtout de papilles récompensées !

Nous voici dans le train vers Montauban (avec un réseau Wifi sinistre 😉 compliquant le téléchargement de photos). La montée de nos 3 marches de l’IC 4764 s’effectue non pas sur un tapis rouge mais à la sueur des fronts de nos hommes. Même topo qu’il y a quelques semaines lors de mon trajet avec Ferrari : un Intercités vieillot. Et un compartiment vélo plus adapté à y accrocher des anguilles ou des saucissons que des vélos électriques.

Pas plus tard qu’hier un article du Figaro relatait le parcours du combattant que subissent les cyclotouristes voulant emprunter le train.
Enfin, je ne vais pas vous laisser en suspens… La vieille locomotive fait son job et nous approche de notre point de départ de minute en minute.
Ce sera Montauban, ville rose paraît-il comme Toulouse. 2 minutes d’arrêt qui transformeront l’extraction des vélos en numéro d’acrobates prestidigitateurs … Ou en lancer de vélos.


Sur place, nous n’aurons pas le loisir de visiter. Objectif de circonstance …. Le restaurant Circonstances dont les récensions client promettent beaucoup de bien. Dès demain, nous visons la Vallée du Lot. Un paradis pour le cyclotourisme, notamment grâce à la Véloroute V86 qui la traverse. L’itinéraire promet des méandres sinueux et spectaculaires, des villages perchés.
Côté « Papilles », la région est un haut-lieu de la gastronomie française – encore un ! Entre le vignoble de Cahors sublimant de plus en plus le Malbec et les produits du terroir, de belles découvertes nous attendent.

Côté météo, nous aurons de la chance. Les températures seront estivales.


À demain et NON, contrairement à la photo prise ce matin à Carry, j’ai vraiment hâte d’écrire la suite de nos aventures.



J1: De Montauban à Puy-l’Évêque

Nous gardons un souvenir ému de cette première étape à Montauban. Aménagé dans l’ancienne Abbaye des Capucins du XVIIe siècle au bord du Tarn, notre hôtel était tout simplement superbe ! J’avais mis la barre haut sans trop vérifier. Quatre étoiles quand même 😁. Résultat : une peau qui flaire bon la lotion du spa offert par la maison et une excellente nuit dans un lit en 180. De quoi dormir comme des bébés. Le matin au petit déjeuner, le tableau est savoureux : nous dénotons sérieusement au milieu des autres clients, venus en majorité pour des séminaires, alors que nous arborons fièrement nos « couches-culottes » de cyclistes.
 

Les montagnes russes du Quercy

Qu’on se le dise, pour rejoindre la vallée du Lot depuis Montauban, il faut le mériter. Ça grimpe et pas qu’un peu ! Heureusement, la règle d’or du cyclotourisme a été respectée : après l’effort, le réconfort. Pour chaque côte interminable, nous avons été récompensés par de jolis paysages vallonnés et de superbes descentes pour souffler.

Dans une de ces fameuses descentes, l’adrénaline monte. Cubiton frôle les 46 km/h et soudain… patatras ! Mon casque ne résiste pas à l’appel d’air et s’envole directement dans le fossé bien raide en contrebas. Bon, vaut mieux cela qu’un vol plané de ma propre personne !
Heureusement mon casque – pourtant bien adapté aux VAE – est resté bien visible dans la végétation. Mon homme se dévoue héroïquement pour aller le repêcher. Moralité de l’histoire : il faudra probablement que je m’équipe d’un casque sans fermoir magnétique si je veux tenter de battre mon record de vitesse en toute sécurité !

Vers midi, nos gosiers réclament un rafraîchissement. Aussi dit, aussi fait. Pendant que Scottie, Scotty, Cubiton et Moustache se reposent sous un superbe marronnier taillé comme un platane face à l’hôtel de Ville de Caze-Mondenard.

La carte du bar restaurant est tentante mais nous restons raisonnable. Pas de foie gras au sorbet d’oignons rouges ou d’escargots au pesto d’ail des ours.
Limonade à la groseille pour moi. Mais je note l’idée du sorbet que je reproduirais à la maison.
Après tout, ma petite fille de 16 mois s’est régalée la semaine dernière  avec un sorbet au poivron rouge improvisé dans ma sorbetière!

Le mirage de Lauzerte

À mi-parcours, nous atteignons Lauzerte. On hésite face au dénivelé de 150 m additionnel qui mettra à mal nos batteries. Je me montre convaincante. Promis, c’est un magnifique village médiéval perché, un glacier fabuleux. On pourra  recharger les batteries !


On grimpe…. Lauzerte ne ressemble pas à mes souvenirs  lors de mon passage l’an dernier sur le Compostelle.
Rien à redire sur le charme des vieilles pierres. En revanche, ma mémoire m’a joué un sacré tour ! Une ville ultra-tranquille, un brin déserte et surtout… zéro glacier à l’horizon.


Une petite déception, on en rit déjà. Et une promesse de payer un coup à nos amis qui se sont laissés berner par mes broderies glacières.
Résultat des courses, on renonce à nous diriger jusqu’à Montcuq…. Parle à … Ma tête est malade….

En fin de parcours, les batteries des vélos (et les nôtres !) sont quasiment à plat. La bonne humeur reste au rendez-vous, l’essentiel est ailleurs.

Le grand écart des compteurs

Arrivée à notre étape du jour, grande discussion sur la distance parcourue. 90 km selon Google Maps, mais seulement 85 km au compteur du vélo de mon homme. Qui a raison ? Peu importe au fond,  nos jambes, elles, ont senti passer chaque kilomètre de cette sacrée première étape !

L’arrivée au paradis (et à table !)

Ça y est, nous y sommes enfin : la sublime vallée du Lot s’ouvre à nous. La traversée du pont à Puy-l’Évêque donne le la des paysages qui nous attendent ces prochains jours. Nous posons les vélos pour ce soir, fatigués mais profondément heureux de cette première journée réussie.

Au programme pour récupérer ? Le triptyque magique du terroir local :

  •   Un bon verre de vin de Cahors : la vallée du Lot est en plein dedans !
  •   Une touche de foie gras
  •   Un bon cassoulet réconfortant ou un confit de canard.

Ce soir, on fait ripaille et c’est amplement mérité !


J2 – Puy L’évêque à St-Circ-Lapopie

🚴‍♂️ Une matinée au fil de l’eau

Le petit déjeuner se fait instructif : j’apprends que le nom Puy vient d’un éperon rocheux et que « l’évêque » rappelle que la ville fut longtemps une importante cité épiscopale.
Autre découverte du jour : le violon d’Ingres (né à Montauban que nous avons quittée la veille) vient tout simplement du fait que ce dernier aimait passionnément jouer de cet instrument.

Sur ces entrefaits culturels, passons au récit du jour.

Le départ de Puy-l’Évêque s’effectue sous une météo absolument sublime. C’est l’été. Des roses partout. Des vignes se déployant tout au long de la vallée. C’est toujours intéressant de situer visuellement et mentalement un vignoble. À peine quelques kilomètres plus loin, la route nous offre une première rencontre insolite : un cycliste arborant une visière pare-soleil XXL au look inimitable. Une Da Brim achetée aux USA – une marque et un équipement que je ne connaissais pas encore !

Après 25 kilomètres de méandres cyclistes sur une véloroute paradisiaque – hormis un loupé nous obligeant à emprunter des escaliers – nous arrivons vers 11h à Albas. Dans ce magnifique village vigneron qui s’apprête à vibrer au son de son prochain festival d’accordéon, on s’offre une pause dans un havre de paix : un café-librairie à l’ombre d’un tilleul. Pour moi, un latte rose à la betterave et à l’igname – une curiosité que je n’aurais jamais commandée ailleurs.

🛤️ De la voie verte aux premiers reliefs

Après Luzech, on savoure le plaisir de rouler sur l’ancienne voie ferrée transformée en voie verte. Avec un regard un peu plus politique, nous mesurons toute l’ampleur des investissements faits pour le cyclotourisme.
Plus loin, une halte s’impose à Cahors – et une omelette aux cèpes généreuse, dégustée face au pont Valentré, se souviendra de moi un peu plus tard.On profite encore d’une portion de voie verte un peu après la ville, avant que le relief ne commence à s’élever sérieusement.

Une montée de plusieurs kilomètres nous attend. C’est là, à 14 kilomètres du but, que l’on fait la plus belle rencontre de la journée : une jeune maman voyageant seule à vélo musculaire avec son petit bout de 18 mois, matériel de camping inclus. Pour lui, c’est le grand baptême du voyage itinérant. Voir cette maman rayonnante et son fils ravi en plein effort – un immense bravo à elle.

🍦 Fin de journée en roue libre (ou presque)

On atteint enfin Saint-Cirq-Lapopie. Tout là-haut, l’effort est récompensé par un panorama à couper le souffle. Le Lot serpente majestueusement à nos pieds.

Le village médiéval mérite le passage. À la fraîche, on pousse la porte de l’église locale – et je découvre l’histoire de Saint Cirq, jeune martyr chrétien de 4 ans, à l’origine du nom au village.

Pendant que les amis s’accordent une pause glace, mon estomac – chose rarissime – résiste aux parfums. Coup de chaud et sans doute l’omelette aux cèpes de Cahors qui n’a pas pardonné. Je suis complètement barbouillée. On décide de pousser les vélos à pied dans la descente pavée, jusqu’à la porte de Rocamadour.

C’est pile à cet endroit que le vélo de notre ami tombe en rade de batterie. Pour la petite histoire : sa femme ayant eu un souci de charge de batterie durant la nuit, il lui avait cédé sa batterie pleine. Un vrai gentleman de la petite reine.

Heureusement, il ne reste plus qu’une descente de 1,7 km pour se laisser glisser jusqu’à l’Hôtel des Gabarres où nous jetons l’ancre pour la nuit. À l’arrivée, décision prise : j’annule l’assiette du soir. Diète de quelques heures pour recharger mes propres batteries. Une journée intense – mais la vallée du Lot compte déjà parmi nos plus beaux périples.


J3- De St-Cirq-Lapopie à Flagnac

Une journée sous le signe du prénom

Il était une fois un prénom. Les deux ont fait couler l’eau du Lot. L’un fut présidentiel, l’autre surtout sulfureux.
Mais laisse moi te conter l’histoire du jour.
Partis de l’hôtel des Gabarres en face de St Cirq Lapopie avant 9h, nous avons vite retrouvé le Lot. Aujourd’hui, nous le longeons majoritairement sur une route partagée. Mais comme nous sommes hors saison, les quelques voitures ne gênent pas.
Nous suivons les circonvolutions. Vers 11 h, nous atteignons Cajarc, capitale du Safran du Quercy (et que je déniche dans une boutique sur place. 36 € le gramme quand même !)

Le centre ville de Cajarc a beaucoup de charme. Et même sa propre Tourette Eiffel. On sent une ville appréciée et dynamique.
On apprend que la ville a vu passé du “beau monde” y compris la garde républicaine. Tout un schmilblick pour ceux qui ont la référence 😉
Ville de naissance de Madame Claude Pompidou et lieu d’habitation en 1985 de Madame Claude, célèbre proxénète – connaissant les goûts secrets de nombreuses personnalités – qui y avait acheté une bergerie et se retrouvait voisine de Françoise Sagan.
Pourtant, pas envie de dire bonjour tristesse. On poursuit notre route. De plus en plus chaud, malgré de longues portions ombragées et une longue montée 15 km avant Flagnac. Malgré cela, nous sommes tous unanimes, ce périple à vélo se place en haut du podium. En tous cas qui sort du Lot 😉! La Véloscénie détenant la deuxième place !

Après 85 km, Flagnac dans l’Aveyron.  Aujourd’hui une chambre d’hôtes. Mes pieds ronronnent sur un couvre-lit en dentelle. La maîtresse de maison nous concocte un repas mystère. Aura-t-il une influence aveyronnaise ? Hâte de découvrir cela. Tout le charme finalement de séjourner chez l’habitant.

Encore une histoire de coucherie

En attendant, l’anecdote du jour. Le village de Saint-Santin à quelques kilomètres de notre lieu de chute.  Une  curiosité touristique et véritable casse-tête juridique. Une commune double avec deux maires à cheval sur deux départements, deux régions et deux académies.  Et il y a encore plus complexe. Une  maison géolocalisée sur 2 départements en même temps et 2 régions, certaines pièces en Occitanie, d’autres en Auvergne Rhônes-Alpes.  
La justice ou le bon sens – ou une flopée d’avocats peut-être – a tranché. Ce sera la géolocalisation  de la chambre à coucher qui détermina l’appartenance régionale. Comme quoi, les histoires de coucherie auront été le fil conducteur de cette journée. Et comme si souvent déterminantes !


J4 – De Flagnac à Espalion

Des sommets culinaires aux pièges de la route


Près de 90 kilomètres au compteur pour cette avant-dernière journée et sans doute pas la plus reposante. Pourtant, le profil semblait descendre… Mais reprenons par le début, et surtout par les merveilleux souvenirs de la veille.

Un voyage culinaire au bout du monde


Quel accueil incroyable ! Je me demandais bien ce qui nous attendait pour le dîner, mais j’étais loin d’imaginer le voyage culinaire que nous allions entreprendre. Notre hôte Marie-Jeanne s’est mise en quatre, incarnant l’essence même – et bien plus encore – de la chambre d’hôte.
Au programme : apéritif aux bouchées de banane douce et brochettes de plantain, le tout arrosé d’un punch au citron vert. S’en est suivi un saumon reconstitué à la macédoine, des moules farcies à la saucisse de Toulouse et des gambas.
Une table à l’image de leur histoire : Paul et Marie-Jeanne se sont rencontrés il y a 46 ans au Cameroun, où Paul était instituteur.

Marie-Jeanne est une femme maîtresse de son destin ; le lendemain matin, elle partageait avec notre amie des photos d’elle entourée de ministres et de présidents. Paul, lui, nous a raconté son Aveyron natal, issu d’une fratrie de 14 enfants. Des gens d’une génériosité gravée dans le cœur.

Halte culturelle et pause fraîcheur


Au matin, cap sur Conques, perle de la Voie du Puy, atteinte en milieu de matinée. Malgré la foule de touristes, l’abbatiale nous offre un instant suspendu : une répétition à quatre mains résonne sous les voûtes. Un moment magique.
La route reprend et la chaleur monte. Nous faisons une halte salvatrice à Villecomtal, au bord de l’eau, dans un café coopératif aux airs de joyeux « cafoutch ». Une superbe initiative locale qui fait vibrer le village.

Le Trou de Bozouls et le gâteau mystère


La suite est plus rude. Le soleil cogne, la route s’élève. Les batteries des VAE souffrent, nos gorges se dessèchent et le paysage devient plus monotone. Faut dire que les derniers jours avaient mis la barre haut !
Heureusement, la récompense arrive en fin d’après-midi avec la découverte de Bozouls et son célèbre « Trou », un canyon naturel spectaculaire et unique en France.
Le lieu réserve une autre découverte pour nos papilles : un gâteau à la broche – que j’ai impardonnablement oublié de photographier. Cette spécialité locale rapatriée des balcans me rappelle le Baumkuchen allemand (le gâteau-arbre), nommé ainsi pour ses couches de pâte successives qui évoquent les cernes de croissance d’un tronc.

Le piège de la véloroute


Pensant toucher au but, nous choisissons de suivre la véloroute pour les derniers kilomètres. L’illusion est de courte durée : la piste se transforme en un chemin de cailloux hostiles – une ancienne voie ferrée non aménagée. Cerise sur le gâteau : trois tunnels plongés dans le noir complet, où notre amie est victime d’une chute. Heureusement sans trop de gravité.
Secoués, nous rejoignons enfin une route principale très passante. J’éteins l’assistance électrique pour finir « au muscle ». Après l’enfer de la caillasse, le bitume nous paraît être du velours.

Arrivées exsangues à Espalion


C’est épuisés que nous débarquons enfin à Espalion – superbe ville que je ne photographie pas dans la hâte d’arriver à destination, au Relais de Boralde au bord du Lot. Heureusement que j’avais anticipé et réservé nos chambres il y a bien deux mois ! Une vraie galère à dénicher en raison du week-end de la transhumance, l’établissement étant complet de chez complet. Mais le mot magique, périple à vélo servit de sésame !

Demain, c’est à notre tour de mener notre propre transhumance vers Mende, ultime étape de notre périple avant le retour en train. Ce sera le plus gros morceau du voyage. Croisons les doigts pour que les derniers kilomètres soient plus cléments qu’aujourd’hui !


J5 – Espalion à Mende

🐮 Réveil en fanfare à Espalion


Meuh… ding dong… ou plutôt muh ? Après tout, il y a au moins une vache allemande dans le groupe et qu’on se le dise, le langage bovin n’est pas le même en France qu’outre-Rhin ! En tout cas, une question me taraude : les vaches de l’Aubrac ont-elles le popotin aussi meurtri que le nôtre ce soir ?
Non, je n’ai pas cramé mon dernier neurone. C’est juste que la « vacherie » du jour a démarré dès 6h du matin sous nos fenêtres. À Espalion, la transhumance vers le plateau de l’Aubrac commence aux aurores. De quoi réveiller tout l’hôtel en fanfare ! Mesdames les vaches s’étaient faites belles : des fleurs entre les cornes et un écriteau arborant leur petit nom -Robuste, à titre d’exemple. Le tout était accompagné par des dizaines de lève-tôt. L’Aubrac est en fête !


Nous aurions pu jouer la sécurité, rajouter un jour, laisser nos sacoches dans la vallée et pédaler sereinement vers les hauteurs. Mais non : nous avons décidé qu’un peu de difficulté ne nous ferait pas de mal. En raison des chaleurs annoncées (qui dépasseront les 30 °C plus tard), nous décidons d’avancer notre départ à 8h30, soit une demi-heure plus tôt que les autres jours.


🚴‍♂️ Slalom, cols et mécanique


Au départ d’Espalion, nous slalomons d’abord entre les bouses. Mesdames les vaches et Messieurs les boeufs ont dû être des centaines.

Après seulement 3 kilomètres, les choses sérieuses commencent avec un autre slalom. Ça grimpe. Motivée à l’idée d’économiser ma batterie, je décide de monter le premier col en mode « Éco ». J’en bave, j’arrive longtemps après les autres, mais la descente n’en est que plus agréable !


Soudain, un vélo décide de ruer dans les brancards. La chaîne vient de sauter. Nos deux hommes s’improvisent réparateurs de fortune au bord de la route. Heureusement, la panne est vite résolue.
Nous nous accordons une première pause dans le magnifique village de Sainte-Eulalie-d’Olt. Une vraie merveille en vieilles pierres, vraiment très, très chouette. Qu’à cela ne tienne : niché dans une bâtisse recouverte de vigne vierge, une collectionneuse hululophile y a créé un Musée de la Chouette ! Une sacrée trouvaille sur notre route !

🔋 La Petite Venise et le coup de la panne


Nous reprenons la route direction La Canourgue, le terminus officiel de la véloroute du Lot. Et c’est reparti pour des kilomètres de grimpe. Heureusement, la route sinue dans une superbe forêt, à l’ombre salvatrice de châtaigniers et de paysages grandioses.
Vers 13h30, nous atteignons enfin la « Petite Venise de Lozère ». Alors effectivement, il y a bien quelques canaux, mais zéro gondolier à l’horizon. De toute façon, notre priorité absolue, c’est de recharger les batteries. Monsieur Gemini souffle la réponse à mon homme : une borne de recharge se trouve juste devant la mairie. Ça tombe bien, on la voit depuis notre banc ! En deux temps, trois mouvements, nous y branchons nos batteries sur la borne gratuite. Enfin… notre amie et moi. Les hommes, fidèles à leur stoïcisme, restent certains que leur autonomie et leurs mollets suffiront.

Grand bien m’en a pris ! Mon économie de watts durant la montée du matin, combinée à cette recharge improvisée, fera de moi la seule rescapée de l’Aubrac. Car après une troisième puis une quatrième montée assassine, Moustache, Scotty et Scottie sont à bout de souffle, en panne sèche ! Heureusement que Mende finit par se pointer à l’horizon : la souffrance ne dure pas trop longtemps.

🏁 Terminus Mende… et cap sur 2027 !

Nous voici arrivés à Mende, une douche plus tard, nous sommes tout beaux, tout frais, tout propres.
Demain, c’est le grand retour à la maison. Mais avant d’arriver, un sacré périple nous attend : un TER Mende ➔ La Bastide-Saint-Laurent, puis un train vers Nîmes, un long coup de pédale jusqu’à Arles, un nouveau train jusqu’à l’Estaque et un ultime effort à vélo jusqu’à Carry-le-Rouet.
Ce soir, c’est notre dernier dîner dans un charmant hôtel. L’occasion idéale pour dessiner les premiers plans de notre prochain voyage à vélo commun en 2027 !


​J6 – Épilogue : Des narcisses à la Corniche, le grand écart

​Près de 12 heures de voyage porte-à-porte. Le premier acte est sublime : nous traversons des prés fleuris en Lozère où pointent des milliers de narcisses, entrecoupés de petites gares isolées en pleine forêt. Puis vient la correspondance direction Nîmes. Notre passage par Alès me confirme mon impression de 2024 : la commune conserve haut la main sa place dans mon palmarès des villes les plus tristounettes.

​À Nîmes, nous débarquons en plein cœur du dernier jour de la Feria. Quelques badauds arborent fièrement l’écharpe rouge traditionnelle. Pas le temps de flâner, nous sommes pressés de pédaler jusqu’à Arles. S’ensuivent 38 kilomètres en plein cagnard entre les vignes et les paysages à l’orée de la Camargue. Malgré cela, le trajet est serein ! Un itinéraire déniché grâce à Géovélo, une sacrée trouvaille de mon homme.

​Notre arlésienne

​Une salade et une glace plus tard, la magie opère un peu moins sur le quai de la gare d’Arles. Les vélos affluent de toutes parts et l’inquiétude monte. On a beau me dire de rester sereine, le cœur n’y est pas. Et les faits me donnent rapidement raison : le train en provenance d’Arles et à destination de Marseille arrive plein comme un œuf. Les aménagements cyclistes sont dérisoires face à la situation : au moins dix vélos, chargés comme des mulets, tentent d’embarquer de force. Au milieu du chaos, le chef de bord fait son travail, mais peste ouvertement et distribue les leçons de morale.

​Nous finissons par nous répartir tant bien que mal dans différents wagons, avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête : la peur de nous faire débarquer au prochain arrêt pour cause de surcapacité.

​Terminus (imprévu) à Miramas

​Excédés par la tension ambiante et fatigués de nous faire disputer parce que nous n’avions pas « la réservation vélo obligatoire le weekend sur la ligne » – à croire que cocher la case dédiée sur l’application SNCF ne suffit plus… – nous jetons l’éponge. Nous descendons à Miramas comme des voleurs, à la hâte, sans même pouvoir dire au revoir à nos amis restés à bord.

​S’ensuivent deux longues heures d’attente sur un quai, à regarder défiler les Lio, les Zou, un TGV et d’interminables trains de marchandises, en espérant le train de la Côte Bleue.

​Le soulagement de la Côte Bleue

​Enfin, après un changement de quai à l a force de nos biscotos, à 18h41, nous embarquons. Surprise : le train est tout beau, tout neuf, équipé de vrais espaces vélos dans quasiment chaque wagon. Du jamais vu ! La chef de bord, un chouia plus aimable que son confrère et encadrés par deux sbires prêts à rhabiller ceux qui tentent de monter torse nu et avec de fausses cartes d’abonnement (vérédique), nous prévient tout de même qu’il faudra suspendre nos « mastodontes » si la rame se remplit. Heureusement, le train reste calme.

​À Sausset, nous posons enfin pied à terre, profondément soulagés.

​Pour clore ce périple, nous nous offrons une dernière ligne droite le long de la corniche. La mer est irisée, magnifique. À 20 heures tapantes, nous franchissons la porte de la maison. Nous sommes poisseux, les sacoches sont encore pleines à craquer et à vider, mais nous sommes profondément heureux.

​Merci à tous de nous avoir suivis dans ces lignes et à bientôt pour de nouvelles aventures (et d’autres découvertes) !

3 réflexions sur “De Montauban à Mende par la vallée du Lot”

  1. Danielle Abrahamian

    Soyons fous!!!! En pleine chaleur pédaler vous conduit tout droit au premier bistro devant une bonne bière qui délicieusement inondé votre gosier!!!!!!!
    À bientôt sur terre ferme à pieds!!!!!

    1. Brigitte Koller-Keller

      Ça donne envie. Geht das auch mit 74/77 Jahren auf dem Buckel? Würden einige eurer Touren gerne nachradeln. Freue mich schon auf weitere Berichte👏👏🥰🥰

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