Strasbourg-Marseille à vélo en duo

Strasbourg, juin 2022. Pour rejoindre notre nouveau port d’attache à Marseille depuis Strasbourg, nous avons choisi la voie de la liberté : nos vélos, cinq sacoches bien remplies et 1 191 kilomètres de bitume, de chemins de halage et de poussière. On oublie les cartons et les camions de déménagement classiques.
Quinze jours d’une traversée épique à travers la France, entre effort physique et découvertes gastronomiques mémorables. Pour mon homme, fraîchement retraité, c’était le grand baptême du feu. Pour moi, c’était un « round 2 », un retour sur les routes déjà parcourues en 2020.
Pourtant, chaque voyage est une page blanche. Et même si les jambes connaissent le rythme, l’esprit est surpris à chaque tournant par un nouveau paysage, une rencontre imprévue ou une saveur oubliée.
Ce récit, sous le sigle de Vélo et Papilles porte le nom de mon ancien site. Kilomètres et Papilles en est la suite logique.
Le nom de Vélo et Papilles s’était imposé comme une évidence à l’époque. Un voyage à vélo, c’est une dualité permanente. Il y a le « vélo », l’effort, la sueur, les montées interminables comme celle vers le Puy-Sainte-Réparade lors de notre dernière étape. C’est la mécanique et le défi de porter des vélos de 25 kilos pour passer un obstacle.
Mais il y a surtout les « papilles ». C’est l’âme du voyage, ce qui nous fait oublier la fatigue. Ce sont ces moments de grâce où l’on découvre un terroir par le goût. C’est l’équilibre parfait entre les calories brûlées (plus de 3 000 par jour !) et le plaisir de s’attabler. C’est célébrer la vie avec un Crémant d’Alsace chez Mure , savourer des dolmas préparés avec amour par la tante Mado à Lyon , ou encore croquer dans un abricot tiède, offert par un producteur généreux sur le bord de la ViaRhôna. Le vélo – même électrique – muscle le corps, les papilles nourrissent l’esprit.
Un itinéraire cousu main
Nous avons suivi le fil de l’eau. Notre Strasbourg-Marseille commence en Alsace sur l’EV5, à travers les vignes, avant de rejoindre la mythique EuroVelo 6 à Mulhouse. Cette véloroute nous a portés le long du canal du Rhône au Rhin et du Doubs jusqu’à Chalon-sur-Saône. Nous y avons découvert le tunnel fluvial sous la citadelle de Besançon, un moment de pur bonheur suspendu.
Ensuite, place aux voies vertes de Saône-et-Loire, tracées sur d’anciennes lignes de chemin de fer, offrant un dôme de verdure apaisant avant de plonger dans le Beaujolais. Enfin, nous avons rallié la ViaRhôna, cette colonne vertébrale qui nous a guidés jusqu’au Sud, malgré un mistral déchaîné et des rafales à 90 km/h qui nous ont parfois obligés à franchir les ponts à pied.
L’aventure humaine et solidaire
Au-delà des chiffres, ce sont les visages qui restent. Franck, le baroudeur solitaire revenant de Turquie, qui nous a sauvés d’une crevaison « increvable » avec ses outils et sa sagesse de nomade. Didier, le boulanger volant qui cuit son pain au feu de bois sur la route des marchés.
Ce voyage était aussi une mission. J’ai dédié chaque kilomètre à l’association Vivre avec une NMP, pour faire résonner l’initiative Septembre Rouge. Pédaler pour sensibiliser aux cancers rares du sang donne une force supplémentaire quand les jambes saturent.
L’arrivée sur le Vieux-Port a marqué la fin du périple Strasbourg-Marseille : 1 191 km bouclés en 15 étapes. On aurait pu faire plus vite, je connais des personnes qui l’ont fait en moins d’une semaine.
Le livre en format « magazine » est le reflet de cette épopée : une ode à la lenteur, au partage et, bien sûr, à la gourmandise.

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