La Véloscénie : direction le Mont-Saint-Michel

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J1 – Louveciennes-Maintenon

En quelques années, le réseau cyclable s’est enrichi de nombreuses destinations, toutes plus tentantes les unes que les autres.

Après avoir exploré cette année le littoral méditerranéen en France, nous étions prêts à vivre de nouvelles aventures plus au nord. Direction le «Grand Nord» qui commence juste au-dessus de… Salon-de-Provence. Avec Cubiton et Moustache, nos fidèles compagnons à deux roues, fixés sur notre porte-vélo flambant neuf, nous entamons notre périple. Première escale : l’Alsace, pour quelques jours auprès de nos enfants respectifs. Nous retrouvons Petit Fils numéro 3  qui a bien grandi. Le temps passe trop vite.

Malgré un planning bien chargé, nous pédalons dans le  vignoble  en pleine effervescence et longeons le canal de la Bruche entre Mutzig et Strasbourg. Tout est parfait, jusqu’à ce que la pluie vienne troubler ce bonheur. 

Puis cap sur Paris… Tellement heureux de disposer désormais d’un porte-vélo sécurisant. Une halte pour retrouver Petits Fils 1 et 2, deux tourbillons pleins de vie. Chapeau bas à tous les jeunes parents.

Avant de repartir, une escapade touristique pour un selfie devant les anneaux olympiques toujours suspendus à la Tour Eiffel.

Nous voilà en route pour Louveciennes, impatients de retrouver Scotty et Scottie, les fusées roulantes de nos amis. 

Louveciennes, Saint-Rémy-lès-Chevreuse, Cernay, Émancé, Rambouillet… Ces noms résonnent comme une invitation à l’évasion, évoquant l’ouest parisien, ses détours offerts par Waze ou l’appel irrésistible des vacances. C’est là que débute notre nouvelle aventure à vélo : la Véloscénie, avec pour objectif final le majestueux Mont-Saint-Michel. 

L’été indien nous accompagne, déroulant devant nous un tapis de bitume entrecoupé de cathédrales de verdure au cœur des forêts. Nous partons de Louveciennes vers 9 h 30, près du château qui abrita autrefois Madame du Barry, l’intrigante maîtresse de Louis XV. Mais aujourd’hui, nos montures sont bien contemporaines,  modernes, confortables et prêtes à nous emmener dans un voyage sublime, jusqu’au bord de la Manche. Le ciel au-dessus des Yvelines, d’un bleu éclatant, se mêle à la douceur de l’air, nous obligeant à retirer progressivement quelques couches de vêtements au fil de notre progression.

Une pause déjeuner à Cernay, l’occasion de poser nos casques de chevaliers  et de savourer la quiétude du moment. 

Après 85 km, nous atteignons  Villiers-sur-Morhier, la fin de cette première étape. Le soir, hâte de nous régaler à Maintenon, non pas chez l’ épouse secrète de Louis XIV, mais dans un des rares restaurants ouverts un dimanche soir…

Mais malgré ces références aux amours royaux et à la noblesse d’un autre temps, ce voyage nous rappelle une vérité bien plus essentielle : la véritable noblesse n’est pas celle des titres, mais celle du cœur, enrichie par les moments partagés et les amitiés sincères.


J2 – Maintenon – Thiron-Gardais

Deuxième journée sur la Véloscénie. Au menu du jour : Maintenon, Chartres, Illiers-Combray, mais aussi quelques localités cachées comme Sandarville, Meréglise et Frazé.

La matinée commence en douceur. Jacques et Ghislaine, nos hôtes de la veille, sont deux personnages hauts en couleur. Jacques, un retraité passionné de pêche, passe ses journées à initier la jeunesse aux merveilles des rivières et étangs locaux ou à couper des frênes décimés par la chalarose. Quant à Ghislaine, c’est une lectrice insatiable et une cuisinière hors pair. Son petit-déjeuner… ah, parlons-en ! Brioche maison, yaourts crémeux, salade de fruits frais, pancakes dorés à souhait, le tout nappé de miel noisette ou caramel. Comme dirait mon homme : « C’est une tuerie ambulante ! »

Reboostés par un festin matinal, nous prenons la route. Jusqu’à Chartres, la piste est un véritable tapis de velours – parfait pour nos fidèles montures, Cubiton, Moustache, Scottie et Scotty. Elles piaffent d’impatience, sentant déjà l’appel des vitraux et du labyrinthe de la cathédrale de Chartres. On s’arrête bien sûr pour une pause contemplative. La cathédrale, ce bijou où seul Henri IV fut couronné, semble nous chuchoter des secrets d’antan. C’est un havre de paix, idéal pour digérer notre copieux petit-déjeuner et les anecdotes de nos hôtes de la veille.

Après Chartres, direction Illiers-Combray, où la journée prend une tournure encore plus savoureuse. Saviez-vous que la famille de Marcel Proust est originaire d’ici ? Et si la madeleine de Proust est connue, un détail local l’est presque plus… son célèbre WC ! Oui, oui, vous avez bien lu. Ce WC du 17ème siècle est si emblématique que les propriétaires successifs de la maison d’Adrien Proust, le père de Marcel, n’ont jamais osé le remplacer. On imagine bien les agents immobiliers de la région vendre ça comme un atout de charme : «Maison historique avec toilettes d’époque, vue imprenable sur les souvenirs littéraires». D’ailleurs, l’agence locale a un nom évocateur : «La Petite Commission». Ça ne s’invente pas ! Je n’ose imaginer le slogan pour vendre les biens locaux, de la m…. ??? Certes, non, j’adore les maisons à colombages et les toits de chaume locaux.

Après cette escale culturelle des plus… intestines, nous poursuivons notre aventure, visitant des églises par-ci, par-là, admirant des peintures murales sublimes à Meréglise, et découvrant de drôles de sièges-casiers à Frazé. Si vous n’aviez pas encore saisi, nous sommes en pleine France authentique, celle où chaque village recèle son lot de curiosités. Et franchement, le Perche – avec ses douces collines verdoyantes, son col de la Gris Peine à 240 mètres, ses vaches blanches – est bien plus agréable que les interminables champs autour de Chartres. Bien que nous ne regrettons pas d’avoir découvert à quoi ressemble un ingrédient essentiel des galettes, le sarrasin. Ou blé noir. Nous ne connaissions que la version délicieuse proposée par Goutzy, le triporteur crêpier d’Alexandre, papa de Petits Fils 1 et 2.

En arrivant ce soir à Thiron-Gardais, surprise : notre gîte est installé… dans le bâtiment de l’école du village. Très original ! Mais pour l’instant, après 80 kilomètres avalés, je sens surtout l’appel irrésistible du ventre. Hâte de déguster des spécialités percheronnes ou perchées au restaurant de l’Abbaye.


J3 – Thiron-Gardais – Mêle-sur-Sarthe

Contrairement aux anneaux olympiques surprenants à Thiron-Gardais, le restaurant de l’Abbaye valait le détour. Un ‘Bib Gourmand’ largement mérité, et je ne dis pas ça juste parce que nos ventres étaient affamés. À la sortie, nous apprenons que Stéphane Bern habite à quelques pas. Le Collège Royal et Militaire racheté par lui a retrouvé une seconde jeunesse !

La fatigue commence à sérieusement s’installer. Certains de nos destriers sont équipés de selles pas forcément conçues pour les longs trajets.

Mon homme, quant à lui, subit le changement climatique… Voilà bien longtemps qu’il n’avait pas eu de rhume. Et le vent n’aide pas.

Malgré tous ces bobos, pédaler à travers la campagne vallonnée est un vrai régal pour les yeux, jusqu’à notre arrivée à Nogent-le-Rotrou, la capitale percheronne. Là, arrêt obligatoire devant le magnifique château des Comtes du Perche. Un cadre digne d’un film de cape et d’épée et comme par magie, des chants religieux résonnent au loin.

Direction Rémalard. Après quelques errances sur une route bien trop fréquentée, dépassés par une myriade de camping-cars rivalisant d’opulence, nous bifurquons finalement vers Condé-sur-Huisne. Les travaux nous barrent la route ? Pas de souci, on se faufile. Après tout, ce n’est pas une simple déviation qui va nous arrêter, pas nous, cyclistes intrépides de la Véloscénie !

Finalement, nous atteignons enfin la voie verte. Un véritable bijou de verdure, aménagé sur une ancienne voie ferrée, parfait pour dérouler les dizaines de kilomètres jusqu’à notre étape du soir… enfin presque. Par endroits, le revêtement se fait rugueux, et la caillasse nous force à ralentir. L’assistance électrique devient notre meilleure amie dans ces moments-là.

Arrivés à Mortagne-au-Perche, nous faisons une pause bien méritée dans la ville natale d’un ami (devenu alsacien par la force des choses). Aucune flammekueche à l’horizon, néanmoins, Mortagne nous surprend par son charme.

De retour sur la voie verte, nous poussons jusqu’à Mêle-sur-Sarthe. Enfin, après 80 km parcourus en une journée, nous arrivons à notre destination du jour. L’hôtel est tenu par un chef passionné de moto, qui nous raconte ses épopées passées, dont un Paris-Dakar ! Et son prochain périple ? Le Rajasthan. Rien que ça ! Avec nos vélos, je nous trouve soudain bien modestes. Mais attention, ne me provoquez pas trop : je pourrais bien finir par planifier un road trip de plusieurs milliers de kilomètres au lieu d’une simple escapade française. Je me vois déjà rejoindre les aventuriers qui longent la Route de la Soie … Un jour peut-être. Mais pour l’instant, repos bien mérité avant de reprendre la route vers Bagnoles-de-l’Orne demain !


J4 – Mêle sur Sarthe – Bagnoles de l’Orne

J4 sur la Véloscénie : l‘aventure nous guette dès la sortie de l’hôtel. Moustache a crevé. Fort d’une riche expérience en la matière, mon homme s’apprête à changer la chambre à air.

Mais que vois-je devant la sortie de l’hôtel ?

Un marché…bon d’accord…jusque là, pas de quoi casser trois pattes à un canard. Mais là où toute la magie de la Providence opère, c’est que le premier stand sur le marché est un …réparateur ambulant de vélos. De quoi faire frissonner de joie toutes les moustaches.

En deux temps, trois mouvements, la chambre à air est changée et les plaquettes de frein arrière également. En prime, la seconde roue fixée correctement, ce qui n’était pas le cas à en croire le réparateur… Moustache a un ange gardien !

Nous voilà prêts à lever le camp. La voie verte est sublime, droite et nous avalons les kilomètres comme le foie gras maison de la veille…ou un baba au rhum.

Dans la forêt de la bourse, nous croisons un cueilleur de champignons, anciennement réparateur de vélo… décidément ! Il nous évite 2 km de détour que nous aurions parcouru en voulant braver l’interdiction de passer outre. Nous aurions dû traverser une rivière en l’absence de pont.

À Alençon, ville charmante, une petite page de culture et un coucou à Louis et Zélie Martin, les parents de Sainte-Thérèse mis à l’honneur dans la basilique.

On ne visitera pas le musée de la dentelle bien que celle d’Alençon soit célèbre.

À la sortie de la ville, nous choisissons la variante sportive de la Véloscénie. Et la plus bucolique aussi. En route vers Carrouges à travers la campagne vallonnée de l’Orne. Ça grimpe fort. L’avantage : cela ne dure pas longtemps et les descentes sont savoureuses. Nouveau record battu avec 51 km/h. Que du bonheur !

Deuxième halte de la journée : Carrouges. Le château est splendide et se targue d’être le deuxième monument le plus spectaculaire de Normandie ! Une réputation amplement méritée.

Dernier tronçon de la journée : nous voici en Mayenne, le département comportant le plus de petits châteaux privés. Un parfum gourmand nous chatouille les narines. Les forêts inciteraient à la chasse aux cèpes. Je suis aux aguets et je dois me faire violence pour ne pas écumer les sous-bois.

Après une course mémorable entre nos quatres montures dans la forêt enchanteresse, nous arrivons à Bagnoles de l’Orne, une jolie station thermale où nos amis se sont mariés il y a trente-neuf ans.

L’itinérance à vélo, c’est musarder. Voilà un terme découvert hier. Et la définition négative me surprend. Musarder : perdre son temps avec des petits riens.

Je propose une réinterprétation.

J’aime la musique et les images poétiques qu’il génère. Les voûtes émeraudes des pistes cyclables. L’écureuil sentinelle interpellé par nos montures. Le renard s’évanouissant à notre tentative de le prendre en photo. Ou ce pommeau de la douche hôtelière de la veille, économisant l’eau en brumisant délicatement au lieu d’arroser agressivement.

Les petits riens font-ils réellement perdre le temps ? Ne le suspendent-ils pas plutôt ?

Sommes-nous tous des musards ou des promeneurs ayant compris que le temps est un présent ?

J’opte pour la muse et les arts en langage des oiseaux.

Rien à voir avec le Château Musar à l’étymologie probablement religieuse, le mouvement musar étant plutôt fondé sur la rigueur que l’oisiveté.

Ghislaine, une de nos premières hôtes avait cité la phrase de Maud Ankaoua, autrice de ‘Kilomètre zéro’: «Aujourd’hui est un cadeau, c’est pourquoi il s’appelle présent.»

Alors sur le chemin de nos vies, musardons…


J5 – Bagnoles de l’Orne – Ducey

Nous partîmes au Manoir à travers la forêt des Andaines

Une halte pour un breakfast commémoratif

Coup de jeunes avec nos sportives dégaines

Croissant, cake, et camembert consécutifs

On pédale, on rugit comme des lions

Soudain des lamas au village de Perrou

Un demi-tour pour immortaliser la vision

Point de crachat pour marquer le courroux

Les vélos volent sur la piste vers Domfront

Nouvelle halte pour de sublimes cannelés

Une recette partagée et un soudain affront

Un commerce voisin déplore nos vélos parqués

Plus loin, une moto Midual

Un chef d’oeuvre d’Angers

D’une valeur colossale

Nous caressons la selle pour l’admirer

En route sur nos pauvres vélos

Sur une autre voie verte

Moustache et Scotty sont au galop

Enfin, une pause à St-Hilaire d’Harcouët

Sur une place les cloches sonnent le glas

Un quidam s’en va pour son dernier voyage

Savourons chaque instant, tel est le postulat

Chaque courbature, chaque mouche avalée lors de nos pédalages

À Ducey, nous jetons l’ancre jusqu’à demain

Dans quelques heures, arrivée au bout de la piste

Le Mont Saint-Michel, puis Granville pour prendre le train

Nous rentrerons fiers dans l’arène des artistes.


J6 – À l’ombre du Mont : 500 kilomètres de liberté

Alors ? Voulez-vous savoir si notre périple a touché à sa fin ?  

Si nous avons enfin trouvé le Mont Saint-Michel, ce joyau de pierre et d’eau ?  

Oui… Oui, et bien plus encore. Jusqu’à Granville, plus de 500 kilomètres ont défilé sous nos roues, emportant nos pensées au gré des paysages.  

De Ducey jusqu’au Mont, nous pédalons une bonne heure, impatients de voir surgir la baie. Le Mont, timide, s’épanouit à peine à travers la brume, comme un secret gardé par les marées. Les chemins boueux rendent nos vélos méconnaissables et futurs candidats à un décrassage en profondeur.  

Et puis, soudain, là, il apparaît. Le profil majestueux de cette merveille normande se détache, enfin. Sur la jetée, la foule déjà présente à 9h35 semble irréelle, mais ici, la saison ne fait jamais désemplir ce lieu. Aujourd’hui pourtant, la mer elle-même semble vouloir célébrer notre arrivée avec un coefficient exceptionnel de 115. Les touristes, audacieux, attendent de traverser les derniers cent mètres pieds nus, pantalons retroussés, défiant la mer montante à la vitesse d’un cheval au galop. Le spectacle est invisible à l’œil, mais nos cœurs battent bien au galop.

Quelle fierté d’avoir atteint cet objectif !  

Après les incontournables photos souvenirs, nous faisons demi-tour, longeant la digue, direction Granville, de l’autre côté de la Baie. Nous ondulons à travers les bocages normands sous un ciel bleu éclatant. Le soleil, généreux compagnon tout au long de cette semaine, éclaire notre route. La chance ne nous a pas quittés, et la beauté du département de la Manche se dévoile à chaque coup de pédale.  

En chemin, nous apercevons le Bec d’Andaines et Tombelaine, dont la silhouette  semble murmurer l’écho du grand Mont.  

Une pause s’impose, et nous la trouvons dans un restaurant-boutique atypique, «La Pause des Genêts». Ce lieu chaleureux nous invite à chiner des trésors insolites tout en nous régalant.  

Nous voilà repartis, direction Jullouville. La plage s’étire à l’infini, large, immense, comme une promesse de liberté. Pour atteindre la mer, il faut marcher, marcher encore, un bon quart d’heure.  Je trouve une coquille St-Jacques, un message pour retrouver prochainement un sentier de pèlerinage ?

Enfin, Granville se dessine à l’horizon,  paisible, notre ultime étape. Le soir venu, nous dégustons les moules de Chausey, ramenées de ces îles qui, non loin de Jersey, révèlent 52 visages différents tout au long de l’année, sauf lors des grandes marées. Alors, ce sont 365 îlots qui émergent, chacun portant en lui une spécialité : palourdes, praires, huîtres, et homards, trésors de la mer que nous n’avons pas encore découverts.  

Un jour, peut-être, nous reviendrons pour explorer ces lieux. Mais pour l’instant, toutes les belles aventures ont une fin.  

Nous voici dans le train – la seule ligne en France à rouler au Colza – , en route vers Paris, laissant derrière nous les souvenirs de cette escapade. Dès cet après-midi, nous reprendrons la route vers Carry, nos fidèles destriers fixés sur le porte-vélo, prêts pour une nouvelle aventure.


Découvrez notre périple de quelques jours le long de la Loire.

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