La Méditerranée à vélo d’Arles à Argelès-sur-Mer

J1 – Arles – Le Grau du Roi
Nous voilà donc de très heureux carryens lancés sur la Méditerranée à vélo pour une nouvelle aventure. Entre-temps.. nous avons :
- Pris nos marques dans notre nouvelle région
- Fait de nouvelles et belles rencontres dont un chat formidable et ultra gourmand
- Vécu deux saisons d’Oursinades (Carry est the place to be pour les oursins, même si on les importe de Galice afin de renflouer la flore marine)
- Ouvert et fermé une conciergerie sur la Côte Bleue : cette activité n’est pas ma tasse de thé, ni de pastis…et nous sommes venus dans le Sud pour profiter de la vie. Et je n’ai jamais lavé autant de linge que l’été dernier, même lorsque j’étais jeune maman..(chut …ça date).. alors entre nous, j’ai préféré dire stop avant de muter en Cruella
- Médité sur mes envies professionnelles et artistiques
- Dormi une nuit seule dans une forêt
- Fait la connaissance de mulots dans un refuge du Vercors
- J’ai publié ‘51 nuances de cancer’ chez Librinova. Un recueil de poèmes explorant ce vaste univers
- J’écris un roman…plus joyeux et.. gourmand.
Et si vous m’avez lu jusque là, sachez que nous sommes repartis en vadrouille en deux-roues pour nous aérer les neurones et éliminer nos bourrelets hivernaux.
La Côte Bleue n’étant pas l’Alsace, nous en avions assez des mimosas et des amandiers en fleurs. Nos vélos ont sauté dans le TER jusqu’à Arles pour explorer l’Eurovélo 8 direction Banyuls.
Cette première journée a mis du temps à dévoiler son charme. Passé le fameux Château La Pompe – je vous jure qu’il existe – nous avons sillonné les routes bucoliques de Camargue.
Halte obligatoire pour acheter du riz nouveau – en réalité récolté en octobre, mais dont le double processus de séchage prend du temps.
Une fois les chemins vicinaux atteints, la pampa camarguaise nous en a mis plein les yeux : des taureaux, des chevaux, des rizières, des canaux et étangs où les grenouilles coassent joyeusement même en février. Et une myriade d’oiseaux : des flamands roses, des canards noirs, des hérons, des buses et … des cigognes.
Amis alsaciens : si vous vous demandez pourquoi le taux de natalité est en chute libre, sachez que les cigognes adorent se bronzer les plumes en Camargue. Et qu’elles caracolent avec les hérons. Il va falloir les attirer à coup de flammekueche aux moustiques.
Après de nombreux coups de pédales en Petite Camargue, nous avons atteint Aigues Mortes. Puis la mer au Grau du Roi où nous avons mis nos vélos au chaud dans un hôtel ayant le mérite d’exister.
Une petite escapade au restaurant Chez Régis réouvert depuis 3 jours. J’y ai dégusté une salade de poulpe à l’espagnole. La meilleure depuis nos sublimes vacances au Portugal avant ce COVID de m…..
Au final, 72 km quand même.
Demain, direction Sète le long de la mer.
Dur, dur ..l’hiver dans le Sud 😎.






J2 – Le Grau du Roi – Sète – La motte myrtille
Deuxième étape de notre voyage, au départ du Grau du Roi. Ce soir, mes yeux sont légèrement irrités, probablement à cause des assauts visuels de La Grande Motte. Cerise sur le gâteau : un immense bâtiment couleur myrtille (celle mélangée au fromage blanc). Heureusement, les plages sont là pour apaiser notre âme, face aux constructions d’un autre temps où le béton était roi.
À tel point que nous avons tenté de pédaler sur le sable ! Nous doublons de nombreux promeneurs dont un avec un détecteur de métal.
Phénomène vexatoire : le sillon creusé par mon vélo est bien plus marqué. Peut-être un slip de trop dans les sacoches ou les deux kilos de riz de Camargue achetés hier.
Côté vélo : L’Hérault semble avoir plus de budget pour aménager les pistes cyclables. Quelques pièges mais rien de catastrophique. À aucun moment, nous nous sommes sentis inquiets par la circulation.
Ce qui n’était pas le cas à la sortie d’Arles.
Depuis 2020, je garde un souvenir traumatisé de mon périple Salin de Giraud jusqu’à Marseille.
La géographie de l’Hérault égrène ses communes du littoral : Palavas, Carnon, et d’autres dont j’ai oublié le nom. Puis enfin – après un ultime contournement d’étang- Villeneuve la Maguelonne.
Je regrette de ne pas avoir poussé la monture jusqu’à la Cathédrale située sur la presqu’île. Nous nous rattraperons.
Par un joyeux caprice du destin, nous voilà sur la route des vignes.
De très vieux ceps jouxtent des jeunots. Du Carignan ou du Grenache. Je mise sur le premier cépage.
Tentés par Frontignan, nous y dégustons un muscat éponyme, sec pour Monsieur et doux pour moi. Sans glaçons, mois de février oblige. Que dire de cette ville, peut-être n’avons-nous pas été dans le bon quartier ?
Quelques jeunes désœuvrés, un camp de gens du voyage. Or, Frontignan mérite d’être consommé pour l’oublier.
Enfin, nous arrivons à Sète, la ville de Brassens, des joutes nautiques, où j’ai passé tant de vacances dans ma vie précédente.
La surprise est belle : la jolie cité aux airs de Venise s’éveille et efface les marques du temps. Galeries et musée des arts mineurs lui confèrent une nouvelle vitalité culturelle, comme une bouffée d’air printanier sur notre périple.
Demain grosse étape de près de 90 km au-delà de Béziers (contre 66 aujourd’hui), croisons les doigts que la batterie tienne. 25 kg de vélo + 8 à 9 au moins dans les sacoches + mon poids, c’est un défi. Et pour les mauvaises langues, même avec un VAE, il faut pédaler ! Sans compter que l’assistance est au minimum pour gérer l’autonomie de la batterie.






J3 – Sète au Somail – une partie du canal du midi
Voici notre périple du jour numéro trois
De Sète au hameau de Somail, 100 km d’exploit
La Tramontane à cinquante titille notre foi
Allons-nous vraiment arriver cette fois ?
Agde et Vias, de sinistres et mornes villages
Les rues sans une âme, la piste loin des plages
On avance, on se sacre rois du pédalage
Monsieur toujours en éco, Madame bien moins sage
Les flots, symbole aquatique de la journée
Canaux et mer, neuf écluses à Béziers
On pousse, on souffre dans la montée
Des chemins de terre et de gravier
Une femme, Mariance, sur le canal du midi
Une péniche chambres d’hôtes, pour nous inédit
L’amour de recevoir, tout est joliment dit
Un petit rhum maison, le secret de cette nuit.








J4 – Le Somail au Barcarès : La traversée des enfers
Comme disait Winston Churchill, if you’re going through hell, keep going.
Ce qui s’annonçait sur la carte comme une lettre à la poste – quoique… – a tourné en scénario de warrior avec une tramontane coriace et versatile. 90km…qui en valent 200.
Après un dodo magique sur la péniche de Mariance au hameau de Somail dans la chambre nuptiale – si, si -, nous avons mis le cap…sur la mauvaise direction.
Résultat : 6 km de détour pour commencer.
Pour notre excuse, il faut préciser que les indications pour les cyclistes sont médiocres. L’Aude ne marque pas de point contrairement à l’Hérault. Et après moult circonvolutions, nous avons pris la départementale jusqu’à Narbonne. Je vous passe les concertations multiples et variées entre Monsieur et Madame sur la bonne route à prendre.
Donc finalement arrivée aux alentours de 13h dans la cité historique de Narbonne, devant le Palais des Archevêques. Une splendeur ! Devant lequel nous avons pris notre traditionnel diabolo menthe. Traditionnel car c’est devenu notre récompense quotidienne pendant nos voyages à vélo.
Fort de notre dose de sucre, nous voici sur le chemin de halage longeant le canal de la Robine.
À ce stade, le “vent qui rend fou” a déjà grignoté mes neurones et je ne vois qu’une allusion scabreuse dans ce nom. Que nenni !
Robine vient de l’occitan ‘roubine’ et signifie ‘canal’, donc le canal du canal…
Bref.
Et bien cette prétendue piste cyclable n’est qu’un chemin de halage pour VTT ou randonneurs. Les gravels seraient malheureux.
Néanmoins, un régal pour les yeux : la beauté sauvage, la traversée d’une langue de terre entourée d’étangs, la Robine a des reflets opale …
On occulte les rafales de vent agressives ainsi que la ligne de train.
Vers 16h, nous voici à Port La Nouvelle qu’on a appréciée pour…son Carrefour Express et la tablette de chocolat ainsi qu’un paquet de pâtes pour le soir.
Nous pensions avoir fait le plus dur…
Erreur !
Pas de trace de panneau indicateur vers une piste cyclable, donc on demande au grand manitou Google, rubrique vélo. On valide avec les précisions données par France Vélo Tourisme sur l’étape. Même topo… nous longeons la mer, la voie ferrée à notre droite.
Les plages sont spectaculaires. Le chemin .. atroce. Je ne compte pas les fois où je descends pour pousser ma Ferrari à deux roues. Vous imaginez sa frustration ? Elle qui aime la vitesse. Elle se retrouve dégradée au grade de trottinette.
Revenons à la piste foutage de gueule…après au moins 10km, plus de chemin, mais la rive d’un étang. Le chemin est inondé. Ne souhaitant pas nager, on contourne tant bien que mal à travers un sentier de sable recouvert de joncs. Et au miracle, une route.
«Trop bien, go go go…» pschhhhhh… Monsieur a crevé. Nous nous planquons derrière un restaurant désert du hameau Le Franchi pour changer la chambre à air. La Tramontane, toujours la Tramontane.
Nouveau départ, il est déjà 17h bien entamée.
Je vous passe les derniers 18km. Nous saturons, nous pédalons avec le vent latéral. Le soleil se couche, le ciel se pare de ma couleur préférée, fushia. Vers 19h, nous trouvons notre gîte au Barcarès pour la nuit.
Plus qu’un étage à escalader par l’escalier avec nos mules – ce ne serait pas drôle sinon.
Demain, la dernière étape direction Argelès-sur-Mer. Éole nous taquinera sans aucun doute..










J5 – Le Barcarès – Argelès sur Mer
L’arrivée à destination éveille en nous un sentiment triple.
Le soulagement : près de 400 km parcourus en 5 jours, tout en restant intacts malgré les péripéties inhérentes à ce type de voyage.
La fierté : il est toujours ardu de reprendre le sport après la saison froide, et il est formidable de relever des défis, encore plus de les réussir.
La nostalgie : C’est la fin – petite larme 😪. Conquis par les voyages itinérants à vélo, on préfére 10 heures de vélo à 5 heures de train. C’est ce qui nous attend demain avec deux changements.
Néanmoins, je me dois de vous conter notre dernière étape !
Notre réveil dans notre gîte face à la mer commence par un festival de couleurs. De chez nous à Carry, nous apercevons la mer, mais pour admirer le lever ou le coucher du soleil, nous devons nous déplacer sur le sentier côtier.
Le vent, toujours puissant, nous dérange beaucoup moins. Au contraire, par moments, nos vélos avancent presque seuls. Nous aurions pu innover avec le bikesurf.
Les Pyrénées se dessinent à l’horizon. La cime enneigée du Canigou, la montagne sacrée catalane, nous rappelle le calendrier. Nous sommes encore en février et dans de nombreuses régions, bonnets et gants sont de rigueur. En tous les cas, dans le Roussillon, nous avons bien bronzé… sans faire du ski.
Pour une fois, la piste cyclable est une véritable publicité pour l’eurovélo : parfaitement indiquée, avec un revêtement lisse à 99 %. Bravo au département des Pyrénées-Orientales !
À Canet, nous découvrons un hameau de pêcheurs restauré. Les cabanes en bois et en cannes de Provence sont toujours utilisées par une poignée de pêcheurs. Ils pêchent le loup et luttent intensément contre le crabe bleu envahissant la lagune. Nous n’en apercevons pas. En revanche, une mer émeraude, des plages de sable ocre très clair. La Côte vermeille porte-t-elle bien son nom ?
Nous voici à Argelès-sur-Mer, notre destination finale. Le littoral espagnol nous tenterait, ce sera un autre projet. La bonne nouvelle, c’est que nous reprendrons nos deux-roues courant mars. Hâte de découvrir la suite de l’eurovélo 8 française, de Meyrargues jusqu’à Menton. À très bientôt !






Découvrez la seconde étape de notre périple à vélo sur le littoral méditerranéen entre Sanary et Menton un mois plus tard.
J’ai également parcouru le canal du midi à pied quelques mois plus tard entre Béziers et Carcassonne.








